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D.Martz
Inscrit le: 05 Jan 2005 Messages: 226
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Posté le: Sam Aoû, 2005 5:01 pm Sujet du message: VELO ET PHILO |
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Modèle déclassé.par Robert Redeker*
La révélation du dopage de Lance Armstrong ne doit pas être rangé dans la catégorie des faits-divers anodins. Le sport - qu'on s'en afflige ou qu'on s'en réjouisse - occupe dans les sociétés actuelles une place centrale. Il s'est emparé du pouvoir spirituel : le gouvernement des âmes. Pour preuve : le sport est devenu la source principale des métaphores pour toutes les autres activités humaines. A l'école, dans les affaires, dans la vie quotidienne, les situations sont de plus en plus comparées à des situations sportives. L'injonction à la performance s'est hissée au grade d'impératif catégorique - autrement dit : d'évidence qui ne souffre aucune discussion - de l'existence dans notre modernité tardive. Toute existence doit être soumise à la règle de la performance : les hommes, les institutions, et aussi les journaux. La culture elle-même est mise au pas : un orchestre, une troupe de théâtre, un artistes, sont sommés d'être performants ! La matrice de la performance gît dans le sport. Le sport met en scènes des humains - Douillet, Zidane, Armstrong - pris, plus ou moins consciemment, pour des modèles par la masse de nos contemporains. Même s'il se diffuse de manière subtile ou insidieuse, ce pouvoir spirituel n'en est pas moins réel. De fait, contrairement à ce qu'affirment conjointement un sociologisme paresseux et un marxisme superficiel, les idoles sportives sont moins des reflets que des modèles, et le sport est moins une image de la société que sa matrice. Qui souhaite améliorer la société, la moraliser quelque peu, doit auparavant guérir le sport des turpitudes qui l'infectent; la politique, du fait de l'impact matriciel du spectacle sportif sur les hommes, doit commencer par la politique sportive. Quel doit être le commencement de toute politique ? Le sport !
L'image du champion - ses manières d'être, de se mouvoir, de se vêtir, les moyens par lesquels il obtient ses succès - accomplit une action efficace sur la vie collective. Feue la pensée magique, qui croyait au pouvoir réel des images (par exemple attirer le malheur sur une personne haïe en transperçant d'aiguilles son effigie), reposait une intuition juste confirmée par les technologies médiatiques contemporaines. Le poster d'un champion épinglé au mur, dans la chambre d'un adolescent a un pouvoir réel. Ces images, par exemple, peuvent communiquer la vertu de dépassement de soi. Le sport, de fait, se construit comme un dispositif technologique, d'extension planétaire, de clonage des imaginaires. Du Chili au Sahara Occidental, du Stade de France au Maracana de Rio, Zidane est entré dans tous les imaginaires, participant à leur clonage réciproque.
Au sein des spectacles, le sport occupe une position singulière, qui lui confère un surcroît de responsabilité. Le théâtre et le cinéma, parallèlement à la littérature, dépeignent, par le détour de la fiction, l'homme et la société tel qu'ils sont. Au contraire le sport montre l'homme tel qu'il doit être. En effet, dans le spectacle sportif la distance de la fiction n'existe pas : l'exploit, que ce soit celui de Zidane ou celui d'Armstrong, révèle directement l'homme, ce qui le hisse au statut de modèle. Entre Zidane et son exploit aucune distance ne s'institue ; entre Depardieu et les personnages qu'il interprète s'insinue une distance excluant ces personnages de l'imitation. Zidane et Armstrong ne jouent pas d'autres rôles qu'eux-mêmes. Professionnels du spectacle, les champions ne sont pourtant aucunement des acteurs - le sportif joue son propre rôle devant son public, ce qui lui interdit l'abjection, la tricherie, l'infamie. Quand Marlon Brando campe sur les écrans un dépravé cynique, l'admiration du public se porte vers l'acteur et non vers le personnage. Lorsque Zidane pénètre dans l'arène, ou qu'Armstrong se lance sur les routes, leur spectacle et leur être, le rôle qu'ils jouent et l'être qu'ils sont, entrent en fusion. La force d'imitation véhiculée par les stars du sport trouve sa source dans la fusion entre ces deux aspects qui dans le cinéma, le théâtre et même la chanson demeurent séparés : l'acteur et son rôle.
Les héros du cinéma et de littérature sont uniquement d'essence projective. Personne, dans la jeunesse, ne rêve d'être Julien Sorel. Un adolescent peut se projeter sur Julien Sorel précisément pour le contraire : ne pas devenir semblable à ce héros de roman. L'homme contemporain, le temps d'un film ou d'un livre, se projette sur ces héros de fiction non pour leur ressembler, mais pour se délester d'un poids trop lourd, pour se purger d'un trop plein de passions. Le cinéma et la littérature s'avèrent purgatifs pour l'obscur et le mauvais qui nous habitent ; ils évacuent notre part d'ombre et notre part de mal, notre part maudite. Inversement, des foules entières brûlent de ressembler à Zidane et, aimerait-on pouvoir dire, à Armstrong. L'écart entre le sport et la littérature ou le cinéma apparaît donc ici. Loin d'être purgatives, les stars du spectacle sportif sont matricielles. Précisons : un processus d'incorporation de l'image, et par suite du comportement, des valeurs ou des anti-valeurs qui accompagnent cette image, relie le supporter à son idole. Cet écart fait ressortir le type très particulier de responsabilité du sportif, contrepartie de son pouvoir spirituel : une responsabilité éthique. La société ne peut accepter le message suivant, pourtant avalisé par tous les vainqueurs dopés: la réussite et le succès peuvent s'acheter au prix de la tricherie, si ce n'est à celui de la destruction différée de soi, sorte de pacte avec le diable (non content d'assurer la propagande pour la tricherie, le dopage sème la mort : un coup d'oil sur les statistiques de mortalité précoce chez les champions de haut niveau suffit à en convaincre). C'est pourquoi, si le dopage d'Armstrong trouve confirmation, et afin de sauver aussi bien le Tour de France lui-même (que signifierait au palmarès de cette épreuve le maintien d'un vainqueur convaincu scientifiquement de dopage sinon la chute de cette épreuve dans la catégorie grotesque des jeux du cirque? ) que la portée éthique de la victoire sportive, les juridictions compétentes se doivent de déclasser, fût-ce six ans après les faits, le coureur texan.
* Robert Redeker est philosophe. Auteur de : Le Sport contre les peuples (éditions Berg International). Site internet : http://www.robertredeker.net |
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ThY'D

Inscrit le: 10 Mar 2005 Messages: 4335
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Posté le: Sam Aoû, 2005 6:08 pm Sujet du message: |
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Je vois le sport plutôt comme étant la conséquence de ce qui articule les êtres complexes (animaux, humains) pour les former et les entrainer, pour qu'ils puissent "performer" : le JEU ! La simulation viréelle, si j'ose noter...
Le sport est une dérive humaine. L'être humain a encore l'impression d'en être le propriétaire, alors qu'il sociabilise ce qui découle de l'instinct/nature. J'empreinte aussi ce cheminement de pensée pour tout autre forme de compétitions sociales, ainsi que l'opposition qui se veut être culturelle si on réduit les idées à l'état de corps réel produit par un être vivant. Tout ce qui forme la réalité de l'esprit, ce qui nous échappe naturellement. Une société de paix, à mes sens, est une société de distractions, jeux, sports. De "sacrifices", il y en a actuellement en dehors du jeu, du sport. C'est "la misère" qui les produit. La guerre se trouve dans le maintien de la paix, dans la recherche à procurer du plaisir d'une part, mais aussi à permettre l'être de "gagner", ne serait ce que virtuellement, parce que la gratification contribue à accroitre la réalité de l'esprit et ses croyances, au présent, en l'avenir.
En donnant du plaisir à l'individu, on fait de lui majoritairement un spectateur. On lui montre l'homme tel qu'il doit être, dit-on, ce qui lui permet d'oublier les êtres tels qu'ils sont, vraiment. Ceux qu'il ne voit pas, ceux qu'il apprend à craindre massivement.
La tricherie et le dopage font partis du JEU humain. Le fait que cela moule le sport de haut-niveau n'est qu'un reflet de notre société, qui impose aux individus de transgresser les règles, s'ils désirent - non pas gagner, forcément - mais acquérir le droit de vivre, comme les autres (même si nous sommes différents) dans une société aux "mêmes droits" d'accés au terrain de "jeu/je". _________________ "Parlez doucement quand vous criez et insultez mais dans le respect. Merci." |
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Faustine Invité
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Posté le: Ven Sep, 2005 6:51 pm Sujet du message: |
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Réponse à D. Martz,
Les Hommes ont toujours eut besoins de leur héros, lorsque l'heure n'était pas aux héros sportifs, on se rattachait à Napoléon ou d'autres... L'humain a un besoin vital de héros a suivre lorsqu'il ne peut lui-même trouver le sens de sa vie...il suit comme un mouton ces Hommes à la volonté immense pour ne pas vivre dans l'absurde...alors qu'il suffirait d'ouvrir les yeux sur sa propre vie pour ne plus avoir à aller chercher chez les autres ce que nous croyons qu'il nous manque.
Le héros de littérature de cinéma ou de théâtre est différent, (tout du moins lorsque la star ne se sert pas du personnage pour "SE" jouer), parce-qu'il propose une forme vide suggestive de l'essence de la chose qu'elle exprime, c'est donc à l'Homme de fouiller en lui-même pour faire vivre cette forme. Il vie donc lui-même dans cette forme littéraire théâtrale, cinématographique, puisque c'est en lui qu'il en puise l'essence, la signification, le sens.
Les autres héros, sportifs...Font vivre les émotions et les sentiments à l'intérieur des gens parfois incapable de soulever ces remous en eux par l'utilisation de leur imaginaire, leurs rêves........ |
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